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Laetitia & son quotidien


Laetitia Laskav est une auteure parisienne qui a fait le choix de quitter son emploi dans l’enseignement pour mieux travailler son manuscrit. Entre son bureau et quelques terrasses de cafés, elle nous raconte ce qui est maintenant devenue son quotidien : l’écriture.

Qu’est-ce qui t’a poussé à te lancer dans ton projet de roman ?
Ecrire des romans de fiction est un rêve de gosse. Pendant à peu près dix ans, j’ai mis ce projet de côté, privilégiant l’histoire, la vraie, du fait de ma formation d’historienne. Je m’étais même convaincue que la fiction, finalement, ce n’était pas pour moi. Et puis avec un ami qui écrit lui aussi, on a décidé un jour de se retrouver régulièrement pour parler de nos projets d’écriture. A l’époque je tenais un blog dont l’objectif était d’expliquer l’actualité par son histoire, et j’avais besoin de retours. Finalement, on a ramené des copains, et c’est devenu un groupe d’écriture. A force de voir passer des textes de fiction, l’envie que j’avais au fond de moi a resurgi, s’est nourrie des exercices d’écriture qu’on se donnait régulièrement, et, un jour de l’été 2018, une scène m’est apparue à l’esprit : la premier scène de mon roman. C’était plus une ambiance qu’une idée d’intrigue, mais j’avais envie de l’écrire et de faire vivre les personnages que j’y voyais. Petit à petit des idées ont émergé et un fil rouge s’est dessiné. J’ai su rapidement que ce ne serait pas qu’un simple début de roman qui ne dépasserait pas les vingt premières pages. Il y avait d’une part une force dans cette histoire qui s’accrochait à moi, quels que soient les doutes et blocages rencontrés (et il y en a !). Ce qui était par ailleurs incroyable et grisant était le fait que chaque nouvelle idée, au lieu de freiner l’intrigue ou en montrer les limites, ne faisait qu’agrandir et rendre l’univers de l’histoire toujours plus cohérent, presque évident.C’est d’ailleurs la raison pour laquelle j’ai décidé de prendre ce temps pour écrire. C’était une évidence. Je voulais de toute façon arrêter le métier que j’exerçais à ce moment-là, pour diverses raisons, et m’orienter vers une autre voie. En résultait une période de chômage que j’ai saisie pour me consacrer pleinement à l’écriture. Que cela fonctionne ou pas, la question que je me suis posée fut : est-ce que je le regretterai si je ne le fais pas ? Oui. Donc je l’ai fait. Et je ne le regrette pour rien au monde !

Peux-tu nous pitcher l’intrigue de ton roman ?
Pour faire simple, disons qu’il s’agit d’un roman d’anticipation. L’histoire se passe en Normandie dans une trentaine d’années. Nous sommes alors dans une société hygiéniste et un brin liberticide contre laquelle Nicolaï, mon personnage principal, s’oppose. C’est un enseignant d’histoire-géographie dans un petit lycée le jour, contrebandier amateur de vin la nuit, enfin certaines nuits. L’histoire raconte une période charnière dans la vie de mon personnage et dans sa lutte contre l’évolution de la société.

Quels sont tes motivations dans ce projet ?
 L’objectif est double : d’une part, pour le fond, amener le lecteur à se poser des questions sur l’évolution possible de la société, ce qu’il pense souhaitable ou non. Mais je voudrais aussi que la forme soit au rendez-vous, qu’on ne lise pas ce roman seulement pour son message, mais aussi pour la beauté de l’écriture, les sensations qu’elle provoque, l’imaginaire qu’elle attise.

Parle-nous de ton quotidien.
 J’aimerais tellement pouvoir dire que je me mets devant mon ordinateur et écris nuit et jour, sans relâche, mue par une inspiration enfiévrée ! L’image de l’écrivain passionné, agrippé à sa machine à écrire au point d’en oublier de manger me faisait fantasmer. Eh bien, la réalité, elle, est beaucoup plus chaotique, frustrante et angoissante… mais aussi tellement plus riche d’enseignement !J’ai eu plusieurs phases, et en aurai encore d’autres. J’ai d’abord passé plusieurs semaines à écrire très peu, malgré l’envie : je me mettais vers 10 heures devant mon ordinateur et essayais d’écrire jusqu’en fin d’après-midi. Le problème : j’avais tellement attendu ce moment de pouvoir écrire à plein temps que je voulais être la plus efficace possible. Résultat, je me mettais énormément de pression et finalement écrivais très peu. J’ai finalement réussi à lâcher prise et à écrire; parfois le matin, plutôt l’après-midi, voire le soir certains jours. Selon les scènes et l’ambiance que je veux décrire, la nuit m’inspire plus. Pendant quelques jours, j’ai d’ailleurs tenté de suivre seulement l’inspiration et d’écrire jusque tard dans la nuit… Au final, j’étais épuisée les jours suivants et n’arrivais à rien. J’ai donc gardé un rythme de travail assez classique, en journée, tout en me laissant certaines soirées d’écriture : des moments vraiment plaisir, avec vin rouge, et musique rock, trip hop ou jazz pour écrire. Un vrai bonheur.Ce rythme a bien fonctionné pendant quatre mois environ, mais là je suis depuis plusieurs semaines dans une nouvelle phase : je sens que le manque de sociabilité et surtout d’une activité tierce nuit à ma productivité dans l’écriture. Je suis à un stade où j’ai besoin de faire autre chose la journée, pour me vider l’esprit et avoir un regard neuf sur ce que j’écris. Après le confinement, je reprendrai une formation à plein temps pendant quelques mois pour un projet parallèle à l’écriture, ce sera l’occasion parfaite pour prendre du recul.
 
Ta Bête Noire de l’écriture ?
Bloquer à trop vouloir trouver la phrase parfaite dès la première écriture, et ne pas réussir à écrire du tout. Cette Bête Noire et moi, on s’apprivoise jour après jour.Ces mois consacrés à l’écriture m’ont permis de comprendre comment je fonctionnais. Je sais maintenant distinguer une simple panne d’inspiration, de la peur d’écrire.La simple panne d’inspiration peut se résoudre en lâchant prise, en écoutant un type de musique adapté à la scène que je veux décrire, et laissant venir les idées, quitte à les laisser mûrir encore un peu dans ma tête. Dans ces cas-là, si je n’arrive pas à écrire, ce n’est pas grave. Ce n’est pas encore prêt à être couché sur le papier, c’est tout.La peur d’écrire, c’est une sensation différente : c’est ne pas réussir à écrire de peur de produire quelque chose de mauvais, pas parfait dès le premier jet. Le meilleur moyen d’y faire face, c’est de me forcer à écrire, sans écouter la petite voix dans ma tête qui me répète en boucle « c’est vraiment nul ce que tu es en train d’écrire » (a posteriori, c’est souvent faux). Parfois plus facile à dire qu’à faire, mais cela fait partie du processus. Sinon, le chocolat, ça reste une valeur sûre pour trouver l’inspiration. A chacun sa drogue.
Ecrire à plein temps, finalement, ça ne veut pas dire taper des mots sur son ordinateur toute la journée, ça veut aussi dire donner le temps à l’histoire de se créer, à l’inspiration de se modeler et aussi à l’auteure d’apprendre à se connaître, ses forces comme ses failles ; c’est se donner le temps d’ouvrir un peu plus que la plupart des gens la porte de son inconscient. Et ça ne se fait pas toujours en un claquement de doigts et en douceur. Mais ça en vaut largement la peine.

Tes ambitions pour ton manuscrit ? 
J’ai le fantasme de pouvoir être publiée par une maison d’édition et lue par des millions de gens, soyons fous. Plus sérieusement, je me tournerai peut-être vers l’auto-édition, plus simple et qui correspondrait sans doute plus à mon profil très indépendant et sans concession quand il s’agit de mon roman. Mais je sais aussi que je le regretterais si je ne tente pas la voie classique de la publication par une maison d’édition. Le rêve de gosse ne serait qu’à moitié réalisé, et je me dirais sans doute « Et si j’avais été publiée… ». On verra. Pour l’heure, l’ambition première est de mettre un point final à l’histoire. C’est le plus important pour une histoire, finalement.

Quelle lectrice es-tu ? 
Ça peut paraître paradoxal mais je lis assez peu d’anticipation, surtout en ce moment. Je ne voudrais pas être soit trop influencée, soit bridée dans mes idées parce qu’elles auraient déjà été exploitées par un autre auteur. En ce moment, je me replonge dans les Agatha Christie, mais j’aime aussi beaucoup lire du fantastique, ça me permet de m’évader totalement de la réalité.