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Relecteur-correcteur, mais qu’est ce que c’est ?

Qui est le correcteur ?

À l’occasion de ma prise de fonction dans l’équipe de Teapograph, nous avons décidé de vous parler un peu du métier de correcteur. Alors, le correcteur, qui c’est ?

Apprécié à peu près autant qu’un contrôleur fiscal ou qu’un conseiller Pôle Emploi, le correcteur est une personne plutôt discrète, enfermée dans une remise dont il ne sort le nez que pour demander à l’auteur de ce qu’il corrige : « Dis, les chaussettes jaunes et vertes dont tu parles, il y a une paire jaune et une paire verte ou bien c’est une seule paire avec des rayures ? Nan, parce que ça s’écrit pas pareil en fait… » Ce genre de question n’a de sens que pour nous, mais on a besoin de la réponse, sinon on entre en surchauffe. Les correcteurs vivent donc relativement reclus, raison pour laquelle ils n’ont réalisé qu’il y avait eu un confinement qu’une fois qu’il était terminé.

Le correcteur est toujours issu d’une reconversion. Il arrive de philosophie, de comptabilité, d’ingénierie, d’un autre métier artistique, et bien d’autres, et il est arrivé là un peu par hasard. Il n’aimait pas beaucoup ce qu’il faisait, mais il a toujours aimé lire et c’est un crack en français. Du coup, il suit une formation, ou il se forme lui-même, et il commence à corriger. C’est quelqu’un de curieux, qui doute toujours, de tout, même de ses propres connaissances, et qui porte une attention presque maladive au détail.

Mais, il fait quoi exactement ?

On divise le travail en deux sections. D’abord, il y a la préparation de copie, la partie la plus lourde, qui se fait sur un manuscrit qui n’a pas encore été mis en page. On s’occupe alors de l’orthographe (on dit pas obtimiste mais optimiste), de la grammaire (fût-il et pas fut-il, c’est un subjonctif, que diable), de la syntaxe (donne-le-lui et pas donne-lui le), de la typographie (n’oublions pas l’espace fine avant le point d’exclamation). Jusque-là, vous suivez ? Tant mieux, parce que c’est pas fini !

À partir de ce point, on propose des modifications plus importantes du textes où ce sont certains mots, voire certaines phrases qui seront transformées. Notre rôle est donc aussi de faire la traque aux répétitions, aux expressions d’origine étrangère mal utilisées ou dont on a oublié de faire la traduction, aux contresens, aux phrases qui prêtent à confusion mais aussi aux erreurs de cohérence. En effet, un personnage vivant en 1780 ne peut pas mesurer les distances en mètres, un soldat de 1850 ne peut pas utiliser de couteau Suisse, et Jean du chapitre 3 ne peut pas devenir Michel au chapitre 8.

Le correcteur évolue donc dans le manuscrit avec un stylo à la main pour noter sur un document à part les informations qu’il faut garder en mémoire pour que l’ouvrage soit cohérent d’un bout à l’autre. Une fois la préparation finie, le livre part à la maquette.

La section suivante du travail se passe après l’intervention du maquettiste. Appelée deuxième lecture ou correction sur épreuve, cette correction se fait beaucoup plus vite que la préparation de copie. Généralement faite par un relecteur différent de celui qui a fait la la première étape, cette partie va beaucoup plus vite que la précédente. En effet, comme le texte est déjà passé entre des mains expertes, le deuxième correcteur s’occupe des coquilles qui ont échappé à la première lecture.

Ma tante était prof de français, je peux lui demander de s’en occuper, non ?

Eh bah non. (Comment ça, faut que je développe ?) Alors, chers amis, correcteur, c’est un métier ! Il a ses propres codes, ses propres exigences, répond à des critères spécifiques. Il ne suffit pas d’être bon en français pour se lancer dans le milieu, le pro de la langue ne sait pas forcément qu’il faut insérer l’incise courte à l’intérieur de la citation, sauf si elle la termine, par exemple. Ou les règles si nombreuses et incompréhensibles régissant les différentes sortes d’espaces.

Donc, non, on ne s’improvise pas correcteur. Par contre, votre chère tantine pourra à coup sûr nous faciliter le travail. Bah oui, le correcteur facture à l’heure, plus le texte a besoin d’être modifié, plus ça prend de temps ! Donc elle pourra vous permettre de faire des économies en faisant un premier passage. Ça ne sera pas parfait, mais nous irons beaucoup plus vite grâce à elle. Et elle en est remerciée, tant qu’elle ne se substitue pas à nous.

Les engagements du correcteur

Ce métier est très, très mal encadré (pour ne pas dire qu’il ne l’est pas du tout), mais certains critères de base nous réunissent. Le correcteur s’engage à la discrétion, aucun des documents qui lui sont confiés ne doivent être transmis à quiconque et sous quelque forme que ce soit sans votre accord. Il s’engage au respect, à la bienveillance et à la courtoisie envers l’auteur et les autres intervenants sur l’ouvrage. Il ne se substitue pas à l’auteur, il a beau émettre des critiques, proposer des reformulations, avoir une opinion sur ce qui lui est présenté, ce n’est pas lui qui prend les décisions et il se doit de les respecter scurpuleusement.

Enfin, ce qu’il faut savoir sur le correcteur, c’est que même si c’est un peu un dictionnaire ambulant, il fait des erreurs. N’hésitez pas à pointer du doigt ce qui vous intrigue et à poser la question, il est possible qu’il ait oublié quelque chose ou qu’il se soit trompé. C’est une personne finalement comme les autres, avec ses qualités et ses défauts, alors n’hésitez pas à lui parler !