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Mon projet d'écrire

Le message, dans tout ça ?


Tout le monde a sa tasse de thé ? Parlons aujourd’hui de la première question que doit se poser un auteur lorsqu’il se lance dans un nouveau projet d’écriture : quel message veuille-je faire passer à mon lecteur ? Généralement, vous répondrez : l’idée principale du roman. Mais l’avez-vous vraiment conceptualisée et formulée comme telle ?

Votre “message” (ou cette idée) peut être une émotion que vous souhaitez partager, le souvenir d’une personne réelle, par exemple d’un proche décédé ou de votre maman (combien d’écrivains ont parlé de leur mère !) ou l’admiration que vous portez à un personnage historique, ou encore votre regard sur telle ou telle situation de votre vie quotidienne, un fait de société, etc. 

Mais que voulons-nous dire vraiment quand nous écrivons ? Quelle est notre motivation principale pour nous lancer dans tant de travail ? Il nous est parfois difficile de répondre à cette question au début d’un projet d’écriture. Mais, après réflexion, l’on se rend compte que plus nous sommes concis et rapides à répondre, plus l’intrigue devient simple, l’écriture fluide. Nous avons tout à gagner à nous pencher sur cette question dès le départ.

Voici donc cinq pistes de réflexion pour préciser votre intention d’écriture.

I. Transmettre une émotion

Votre texte sert-il une émotion (l’amour, la peur, la colère, etc.) ou le moyen même de partager cette émotion ? 

Vous pouvez offrir à votre lecteur un voyage contemplatif, un envol poétique par vos mots et qui, en cela même, revient à partager une émotion, la vôtre. Dans ce cas, l’histoire importe peu, l’écriture prime au-dessus du reste. Votre intention sera essentiellement formelle et stylistique.

À l’inverse, si ce qui vous a inspiré est l’émotion en elle-même, l’évolution d’un personnage fictif ou l’inspiration d’une personne réelle, l’histoire, dans ce cas, prime sur l’écriture. Votre intention sera essentiellement narrative (raconter quelque chose). Cela ne veut pas dire que votre écriture ne doit pas être parfaite, votre message est simplement différent de la recherche purement esthétique. 

Donc qui dit émotion dit sensibilité, poésie, et une écriture qui soit à l’image de la subtilité des choses que vous ressentez pour les faire ressentir à vos lecteurs.

II. Parler des autres ou de vous-mêmes

Introspection ou extrospection (observation psychologique objective) ? C’est une question difficile car elle touche à votre raison même d’écrire, votre moteur artistique. Malgré tout, y répondre vous aidera à être au plus près de votre message. 

L’autobiographie et, plus récemment l’autofiction, par exemple, est un bon exemple d’introspection puisque nous devenons le protagoniste de notre écriture. Raconter sa vie, partager sa vie, son regard sur le monde et les autres, dévoiler votre intimité, bien des auteurs l’ont fait et avec brio. Gilles Leroy le fait à la perfection et même avec ce travail introspectif, lorsque je lis ses récits, je m’identifie à ses réactions et j’essaie de comprendre sa vie comme une amie le ferait. 

Au contraire, si vous préférez parler de la vie des autres sans vous inclure dedans, afin d’avoir une distance critique, le récit social s’y prête à merveille. Chez Zola, ses personnages, ses descriptions, sa manière scientifique de suivre les différentes branches d’une même famille créent une extrospection totale, au service d’une critique de la société du Second Empire et des ravages d’un système inégalitaire sur les individus. 

Dans l’un comme dans l’autre cas, le message est différent mais part du même sujet : la vie des gens. Choisissez votre camp !

III. Raconter le réel 

Beaucoup de faits divers ont inspirés les journalistes mais aussi les écrivains dans des romans policiers ou des romans noirs mais pas seulement : de beaux témoignages peuvent être publiés sur un événement marquant, parfois des sources historiques indirectes (Le Journal d’Anne Frank, ou plus actuel Vous n’aurez pas ma haine d’Antoine Leiris qui raconte la perte de sa femme au Bataclan). Qu’il s’agisse de fictions inspirées ou de témoignages, le message se concentre sur la psychologie, la réaction des gens par rapport à un événement n’a une importance que secondaire dans l’intrigue.

IV. Rêver d’un autre monde…

Le temps que nous pouvons passer pour un tel projet d’écriture peut être infini : demandez l’avis de Tolkien ou à G.R.R. Martin ! Mais que va apporter votre univers à notre monde déjà existant ? Est-il ici pour nous offrir une nouvelle vision, un fonctionnement différent du monde qui nous entoure ? Ou est-il ici pour exacerber certains traits de nos caractères humains, les mettre à l’épreuve par une crise existentielle dépassant de loin un scénario que nous pourrions observer sur notre univers existant ? Finalement, répondre à ces questions vous révèlera le message qui vous tient le plus à coeur.

V. … ou penser notre monde

L’écriture, comme toute forme artistique, a toujours fait évoluer les sociétés et la vision des hommes sur le monde : la question du message est donc importante pour un auteur qui réfléchit avec son art, les mots, sur le monde et ce qui nous touche comme être humain. En écrivant, vous exprimez votre identité et votre opinion sur le monde actuel. Que voulez-vous souligner ? Qu’est-il important de rappeler ou d’enseigner d’après vous ? Enfin, quelle est votre position sur les problématiques actuelles (l’écologie, la place des minorités, la lutte contre les inégalités, etc.) ? Attention, choisir de ne pas prendre position est déjà prendre position ! Je vous laisse cogiter !