Catégories
Mon projet d'écrire

Le mâle domine ? L’accord de proximité

L’accord de proximité… Qu’est-ce à dire que ceci ?

Commençons par l’aspect technique (et raccourci) de la chose : l’accord de proximité, c’est la règle de grammaire qui veut qu’on accorde un adjectif ou un participe passé avec le substantif le plus proche de lui. Comme ça, ça n’évoque pas grand chose, pas vrai ? Je vais simplifier, vous en faites pas !

En gros : Mon père, ma mère, ma tante, mes cousins et mes sœurs sont parties à la plage.

« C’est pas du tout comme ça qu’on fait, t’écris n’importe quoi ! », me direz-vous, et vous aurez bien raison. On apprend à l’école que le masculin domine, que dans une assemblée de femmes, s’il y a le moindre poil de barbe, on vire de bord. Mais… Pourquoi ?

Quelques exemples

« Sa bonté, son pouvoir, sa justice est immense. »
— Corneille, Polyeucte, 1642

« Elle passa tout le jour des fiançailles chez elle à se parer, pour se trouver le soir au bal et au festin royal qui se faisait au Louvre. »
— Lafayette, La Princesse de Clèves, 1678

« Surtout j’ai cru devoir aux larmes, aux prières,
Consacrer ces trois jours et ces trois nuits entières. »
— Racine, Athalie, 1691

« Ce soupçon se répandit dans tout le camp, et y excita des plaintes et un mécontentement général. »
— Vertot, Histoire des révolutions de la république romaine, 1719

Un peu d’histoire

Le latin ne s’embêtait pas à donner sa faveur à un genre, et du coup, le français non plus. Du moins, c’était vrai jusqu’au XVIIe siècle, lorsque le poète Malherbe est soudainement heurté par le féminin de ce poème :

« Filets d’or, chers liens de mes affections/ Et vous, beautés du ciel, grâces, perfections/ Hélas pour tout jamais, me serez-vous cachées ? » Philippe Desportes, Cleonice.

Il annote son ouvrage, commente dans les marges, et comme il n’aime pas faire les choses à moitié, il fait savoir autour de lui que cet accord est indu. Il se trouvera en la personne de Vaugelas, académicien de l’époque, un complice idéal pour enfin donner son rôle au noble genre.

Mais non, ce n’est pas sexiste…

Bah non, puisqu’on considère que le masculin a aussi fonction de « neutre », normal qu’on l’utilise quand on a un sujet qui englobe les deux genres, enfin ! Ah, je vous jure, ces féministes… C’est vrai qu’on manque d’épicènes en français (au choix masculins ou féminins) : fonctionnaire, adepte, camarade, partenaire, collègue, enfant, membre, athlète, touriste et j’en passe, c’est bien dur de trouver le neutre dans notre langue.

L’Académie est une amie historique et fidèle des œstrogènes. Pauline Savari, première candidate à un siège des glorieux 40, a ouvert la voie à une belle procession de femmes désireuses d’être reconnues pour leurs écrits. C’était en 1893, et sur les 28 qui se sont présentées depuis… 9 ont été retenues. La première en 1980. Seulement 87 ans après Savari, bravo à Marguerite Yourcenar. Vous voyez bien que les grands décideurs de la grammaire sont hautement portés sur l’égalité !

Mais alors, que faire ?

Cette règle, si vous la voulez complète, propose qu’on accorde avec le terme le plus proche, en genre, en nombre aussi si vous voulez. Sauf si vous voulez donner la priorité à un autre, par préférence personnelle, parce que plus nombreux, parce que plus important, parce que c’est plus joli comme ça, cette règle propose de faire une seule et unique chose : CE-QU’ON-VEUT.

Elle fait un retour timide dans les débats sur la grammaire, les correcteurs sont nombreux à la soutenir et à la proposer aux éditeurs. N’allez pas me dire que c’est plus simple en mettant tout au masculin, sentez-vous libre d’accorder comme vous le sentez, parce que vous en avez envie. Les éditeurs la remettront au goût du jour lorsqu’ils l’entendront et la verront un peu partout, aidez-les à passer le pas !