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Exercices d'écriture

Se perdre dans un lieu

Qu’on soit à Agra, Tokyo ou à Jérusalem, il y a toujours de quoi raconter une belle histoire. Pour cet exercice d’écriture, je vous propose de vous évader. Pas longtemps, juste de quoi trouver l’inspiration. Imaginez-vous une journée d’été comme celle-ci, sous une immense architecture, un temple dédié à la beauté et construit pour embellir le paysage : le Taj Mahal, Chiang Mai en Thaïlande ou encore sous les Torii du sanctuaire de Fushimi Inari. N’oubliez surtout pas de vous verser un bon thé vert pour un peu de fraîcheur et commencez à décrire le lieu, l’atmosphère qui s’en dégage. Mais attention, pour corser un petit peu cet exercice, voici quelques indications supplémentaires.

Choisissez l’un des trois lieux cités en vous inspirant des photos de chacun d’entre eux.

Hormis votre personnage principal ou votre narrateur, il ne doit y avoir personne : l’endroit doit être désert.

Un incident ou certaines circonstances doivent bousculer la vie de ce personnage ou de ce narrateur : ils peuvent être anecdotiques ou au contraire expliquer sa solitude.

Votre personnage ou votre narrateur n’est pas obligatoirement sur le lieu décrit : il peut s’agir d’une représentation visuelle ou écrite, un élément doit simplement le mentionner ou lui faire penser précisément à cet endroit.

Extrait

“ Je faisais ces réflexions à la vue des débris du temple de Sunium : ce temple était d’ordre dorique et du bon temps de l’architecture. Je découvrais au loin la mer de l’Archipel avec toutes ses îles : le soleil couchant rougissait les côtes de Zéa et les quatorze belles colonnes de marbre blanc au pied desquelles je m’étais assis. Les sauges et les genévriers répandaient autour des ruines une odeur aromatique, et le bruit des vagues montait à peine jusqu’à moi.

    (…)

Au plus beau coucher du soleil avait succédé la plus belle nuit. Le firmament répété dans les vagues avait l’air de reposer au fond de la mer. L’étoile du soir, ma compagne assidue pendant mon voyage, était prête à disparaître sous l’horizon ; on ne l’apercevait plus que par de longs rayons qu’elle laissait de temps en temps descendre sur les flots, comme une lumière qui s’éteint. Par intervalles, des brises passagères troublaient dans la mer l’image du ciel, agitaient les constellations, et venaient expirer parmi les colonnes du temple avec un faible murmure.

Toutefois, ce spectacle était triste lorsque je venais à songer que je le contemplais du milieu des ruines. Autour de moi étaient des tombeaux, le silence, la destruction, la mort, ou quelques matelots grecs qui dormaient sans soucis et sans songes sur les débris de la Grèce. J’allais quitter pour jamais cette terre sacrée : l’esprit rempli de sa grandeur passée et de son abaissement actuel, je me retraçais le tableau qui venait d’affliger mes yeux.”

Châteaubriand, Itinéraire de Paris à Jérusalem.